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Exit le fantôme
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| Philip Roth |

Exit le fantôme Philip Roth Éd. Gallimard 21€, 326 p Traduit de l’américain par Marie-Claire Pasquier |
| La quintessence du roman |
| On ouvre le dernier roman de Philip Roth avec la satisfaction première d’être le contemporain d’un grand écrivain. De ceux qui écrivent l’histoire du roman, le langage même du roman. Exit le fantôme clôt le cycle des aventures de Nathan Zuckerman, le double de l’écrivain. Après dix ans de réclusion volontaire et suite à un cancer de la prostate qui l’a rendu impuissant et incontinent, Zuckerman revient à New York pour subir une intervention chirurgicale bénigne. Les rencontres fortuites se succèdent. Amy Belette, aimée il y a cinquante ans, qui agonise et qui fut la muse de son mentor et un couple de trentenaires brillants avec qui Zuckerman envisage de faire un échange d’appartement. Enfin, un jeune arriviste qui cristallise toute l’arrogance de sa génération. Les fantômes s’exhument et se propulsent, mais notre homme ne s’inscrit plus dans l’implacable présent d’une Amérique sous le choc de la réélection de Georges W Bush, traumatisée par les attentats du 11 septembre. |
Malgré un ultime coup de foudre pour Jamie, la jeune femme du couple, Zuckerman est malade, la mort rôde partout, s’infiltre partout, ne lui laissant que très rarement le répit de son imagination. Au fil du récit d’une intensité particulière, Philip Roth nous livre une réflexion testamentaire minutieusement construite et magistrale sur la créativité littéraire. Que restera-t-il des fondements de nos pères, que restera-t-il après lui ? Autant de questions que nous aimerions ne jamais nous poser.
Marie-Paule Silvestre
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Philip Roth
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Personne
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| Gwenaëlle Aubry |

Personne Gwenaëlle Aubry Éd. Mercure de France 15€, 158 p |
| Au nom du père |
« On ne perd pas un père, encore moins un père qui était ou qui s’était lui-même perdu ».
Personne est ce père que Gwenaëlle Aubry accompagne dans ce lumineux roman, ordonné en vingt-six chapitres alphabétiques pour mieux capter, relater et ne rien oublier de cette ombre paternelle qui s’était égarée. Grand juriste, professeur à l’ENA, issu d’un milieu bourgeois, François Xavier Aubry a doucement sombré dans une folie brutale et vicieuse, l’emprisonnant peu à peu loin des siens. Cependant, avant de perdre totalement pied, il laisse à ses filles une esquisse de roman sur lequel est inscrit « à romancer ». C’est ce que fait admirablement Gwenaëlle Aubry. Elle raconte ce père, ombre de lui-même, fantasque et aimant, brillant et perdu, elle pose ses mots dans les siens comme on pose des pas et tous deux s’assemblent, se répondent, se confondent comme s’ils ne s’étaient jamais perdus malgré la douleur, la rancœur, le silence et l’incompréhension. |
« Ce spectre ne me dérange pas. Il m’accompagne, je le tiens par la main, j’entrelace ses mots aux miens, écrivant je lui prête mon souffle, je lui rends sa forme, à travers ce livre je le retiens, je l’encre sur ma rive. » Le roman est rythmé, la lecture rapide cependant on ne veut pas le quitter trop vite tant on est rempli de cette douceur, de ce vibrant respect, de cette dignité. Gwenaëlle Aubry, philosophe écrivain, nous livre un récit à deux voix émouvant, sincère dans un style brillant où elle rend hommage à cet homme, son père, qui s’était oublié de lui-même.
Kristel Bourg Librairie Bookstore, Biarritz
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Gwenaëlle Aubry © Stéphane Haskell
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La double vie d’Anna Song
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| Minh Tran Huy |

La double vie d’Anna Song Minh Tran Huy Éd. Actes Sud 18€, 191p |
| Une émouvante vérité tapie sous d’illusoires apparences |
| La double vie d’Anna Song, c’est l’histoire d’un talent fou et d’un amour encore plus fou, de deux destins trop tôt contrariés. A huit ans, à l’âge où l’on croit à l’immortalité, Paul devient orphelin et se heurte à l’irréversible. Entouré de l’attention d’une grand-mère aimante, il fait la connaissance d’Anna, fille unique de parents exilés du Vietnam et pianiste virtuose douée de l’oreille absolue. Fascination ou envoûtement, difficile de définir ce qui, dès les premiers instants de la rencontre, fait d’Anna l’alter ego de Paul. Lorsque Anna et sa famille s’exilent à nouveau, aux Etats-Unis, pour Paul l’éloignement est douloureux. La virtuose prend ses distances, avant de réapparaître, sans crier gare, dans la vie de Paul. Cruel paradoxe, une dystonie met à mal son don exceptionnel. D’amoureux transi, Paul devient alors protecteur d’une Anna affaiblie et vulnérable. Car Anna n’a pas rencontré le succès et la renommée que ses prédispositions hors normes laissaient présager. |
Fort de son amour retrouvé, Paul amène doucement Anna à reprendre goût à la musique. Il la réinstalle au piano et lui fait enregistrer 102 CD encensés par la critique… malheureusement à titre posthume. Mais tout serait trop simple s’il fallait s’en tenir à la surface des choses. Le roman, fondé sur une histoire vraie, alterne articles de presse et récit de Paul en un crescendo dont on sent que le point culminant sera chargé d’émotions. Qui peut définir la limite ténue entre l’amour et la folie, le talent et le don ?
Carole Belahrach
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Minh Tran Huy
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Mon enfant de Berlin
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| Anne Wiazemsky |

Mon enfant de Berlin Anne Wiazemsky Éd Gallimard 17€50, 248p |
| Histoire simple d’un bel amour |
1945. Claire Mauriac, la fille de François Mauriac, est ambulancière à la Croix-Rouge, dans le sud de la France. Une fois la guerre finie, elle rentre à Paris. Volontaire, téméraire, la jeune femme est marquée par la période d'intense activité et de grande camaraderie qu’elle vient de vivre. Soucieuse de donner un sens à sa vie et de n’être pas que « la fille de », elle rompt avec son fiancé et décide contre l'avis de ses parents de rejoindre la Croix-Rouge, à Berlin cette fois. Malgré l’atrocité de son quotidien, Claire renoue avec le dévouement et retrouve l’esprit de camaraderie au milieu d'un groupe d'amis composé de médecins, d'infirmières et de jeunes officiers. Parmi eux, Wia, jeune prince Russe, se distingue dans les négociations pour la libération des survivants Français. Si tout semble opposer Claire la catholique et Wia l’orthodoxe, ces deux-là s’aiment d’un amour fou. Et malgré la réticence de François Mauriac, ils se marient à Paris. Puis ils rentrent à Berlin où naîtra un enfant, « l’enfant de Berlin » justement, Anne Wiazemsky, l’auteur de ce très beau roman. |
On pourrait croire qu’il s’agit d’une simple histoire d’amour, de ces romans à l’eau de rose qui font chavirer le cœur des lectrices. Mais il n’en est rien. On découvre le clan Mauriac. L’écrivain est un homme strict, plutôt distant. C'est donc à sa mère que Claire se confie volontiers et c’est en partie grâce à des fragments d’un journal intime et à une correspondance retrouvés qu’Anne Wiazemsky a pu remonter le fil de sa propre histoire. Avec des mots simples.
Joséphine Rosière
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Anne Wiazemsky
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À la table de Yasmina
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| Maruzza Loria et Serge Quadruppani |

À la table de Yasmina : Sept histoires et cinquante recettes de Sicile aux saveurs d'Arabie Maruzza Loria, Serge Quadruppani
Éd. Métailié Collection Suites 12€, 204 p |
| Banquet littéraire |
Certains livres passent totalement (ou presque !) inaperçus. Heureusement qu'il existe quelques chercheurs de pépites qui n'ont pas peur de les sortir de l'oubli et de leur offrir une deuxième vie. C'est le cas d'Anne-Marie Métailié qui est allée repêcher cette petite perle, ces Mille et une nuits culinaires qui mettent l'eau à la bouche et font frémir la grande romantique qui sommeille en nous... Nous voilà projetés au XIe siècle, en Sicile, en pleine conquête de l'île par les Normands. Le Comte Roger vient de prendre en otage le Prince Omar et envisage très sérieusement de le faire passer de vie à trépas quand arrive une bien curieuse invitation à festoyer de la part de la Princesse Yasmina, sœur du condamné. La réputation de la belle étant déjà parvenue aux oreilles du Comte, celui-ci décide de surseoir à l'exécution et d'honorer l'invitation. Pendant sept nuits, ou plutôt sept banquets somptueux, la princesse va séduire le Comte par ses talents culinaires, par son intelligence, par sa beauté et par son art de conter. |
Sept nuits, sept festins, sept récits pour rappeler l'essentiel à l'homme : l'amour, qu'il soit maternel, courtois, parfait, amical... Sept moments partagés, où la finesse et l'exacerbation des sens atteingnent leur paroxysme : « Enfin, la saveur surgit. Piquante et fine comme une peau qui se découvre, enrichie de parfums huilés comme une peau qu'on flaire. Enivrante mais à peine, comme une peau qui se dérobe. » Cerise sur le gâteau, les auteurs nous offrent toutes les recettes citées, à nous de fourbir nos atouts de séduction et nos talents de cuisinières !
Coline Hugel Librairie La colline aux Livres, Bergerac
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Maruzza Loria et Serge Quadruppani
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Vendetta
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| Roger-Jon Ellory |

Vendetta Roger-Jon Ellory Éd. Sonatine 23€, 651 p Traduit de l’américain par Fabrice Pointeau |
| Vendetta pourrait bien être LE polar de l'année ! |
La fille du gouverneur Ducane a disparu, son garde du corps vient d'être découvert bien tassé dans le coffre d'une voiture et plus franchement capable de raconter quoi que ce soit, et le FBI se retrouve bien en peine devant cette affaire compliquée qui n'offre que peu d'indices et de pistes. Et c'est au cœur de cette ambiance tendue et électrique que va se manifester un curieux personnage, d'un calme olympien et bien au fait des techniques des fédéraux, pour revendiquer l'enlèvement et demander comme seule condition de rencontrer un dénommé Ray Hartmann afin de lui conter son histoire. Pendant une semaine, les deux hommes vont se retrouver en tête à tête pour faire revivre, à travers le récit de la vie du tueur, l'histoire de la mafia américaine des cinquante dernières années. Le précédent roman de R.J. Ellory, Seul le silence (également publié chez Sonatine), nous avait épatés par la maîtrise de l'écriture et la noirceur incroyable qui s'en dégageait. |
Ce nouvel opus nous laisse pantois devant le talent définitivement établi de son auteur à raconter des histoires empreintes d'Histoire et tellement prenantes qu'il est pratiquement impossible de lâcher ce pavé de plus de 600 pages. Après l'extraordinaire Au-delà du mal, les éditions Sonatine nous offrent un nouvel anti-héros, assassin abominable et terrifiant mais que l'on vient à apprécier au fil de son histoire, un être abject et inhumain, et pourtant attachant et fascinant, qui nous renvoie à nos propres démons intérieurs... Vendetta pourrait bien être LE polar de l'année !
Coline Hugel Librairie La colline aux Livres, Bergerac
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Roger-Jon Ellory © Jean-Bernard Ribes
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Lark et Termite
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| Jayne Anne Phillips |

Lark et Termite Jayne Anne Phillips Éd. Christian Bourgeois 26€, 432 p Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marc Amfrevile |
| Chronique d’une famille ordinaire |
Du 26 au 31 juillet 1950, en pleine guerre de Corée, le caporal Robert Leavitt, responsable de la protection des populations locales, est accidentellement pris pour cible par ses propres camarades. Blessé, il se réfugie dans un tunnel. Commence alors une longue attente qui va lui laisser le temps de penser à sa femme enceinte. La même semaine, neuf ans plus tard, en Virginie occidentale, une famille se prépare à affronter une inondation. Adolescente de 17 ans, Lark s’occupe avec amour et tendresse de son demi-frère Termite. Enfant handicapé, bloqué dans un vieux fauteuil tout bricolé, Termite se fascine pour un tunnel ferroviaire proche de chez lui. Tous deux sont élevés par leur tante Nonie, femme solide et à fort caractère. Robert, Lark, Termite et Nonie, quatre personnages liés les uns aux autres, quatre voix dans le roman qui, tour à tour, se confient et se dévoilent. Petit à petit, des secrets et des liens invisibles se révèlent. A travers leurs témoignages s’esquisse une cinquième voix, un fantôme qui se mêle à leur vie. |
Jayne Anne Phillips, par la justesse de sa description et des sentiments, nous embarque dans un grand roman au cœur de l’Amérique profonde. Si le style peut sembler difficile au début, sa plume et l’histoire familiale marquée par le deuil, l’absence et le drame happent rapidement et embarquent le lecteur dans une histoire tout en pudeur et en émotions. Avec Lark et Termite, l’auteur ne tombe pas dans le simple drame psychologique, son roman est marqué par l’amour familial et un certain optimisme.
Stéphanie Bloyet Librairie Les guetteurs de vent, Paris 17
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Jayne Anne Phillips
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